Exceptionnel trophée en or et diamants du Championnat du monde d'échecs remis à Garry Kasparov à l'issue de sa légendaire victoire sur Anatoly Karpov en 1990
Saisissant trophée d'échecs de qualité muséale, réalisé à partir d'un kilogramme d'or pur et serti de 1 022 diamants noirs et blancs. Cette œuvre remarquable a été exécutée avec soin par la prestigieuse maison parisienne de haute joaillerie Korloff.
L'imposante base, en bronze recouvert d'une épaisse couche d'or et rehaussée de laques aux couleurs éclatantes, soutient une composition réalisée en appliques d'or jaune 18 carats, obtenues à partir d'un kilogramme d'or pur. La Maison Korloff a sublimé l'ensemble en y sertissant 669 diamants blancs et 353 diamants noirs, pour un poids total d'environ 120 carats.
Conçu sous la forme de deux lettres « K » en miroir, le trophée illustre avec élégance l'affrontement entre les deux légendes des échecs, Kasparov et Karpov.
Il est accompagné d'une lettre de la Maison Korloff attestant des matériaux employés pour sa réalisation et est présenté dans son écrin d'origine réalisé sur mesure. Dimensions : 24 × 27,5 × 11 cm. Poids : 6,5 kg.
Selon une anecdote rapportée par Mark Crowther dans The Week in Chess n° 59 du 26 novembre 1995, Garry Kasparov et Kirsan Ilyoumjinov, assis dans une suite du Savoy Hotel, s'amusèrent à compter à plusieurs reprises les diamants ornant le trophée. Malgré de nombreuses tentatives minutieuses, ils obtinrent systématiquement un total supérieur au nombre officiellement annoncé par son fabricant.
Le joaillier français indiquait en effet que le trophée était serti de 1 018 diamants. Chez Heritage, nous avons eu le privilège de reprendre nous-mêmes cet exercice, certes loin d'être aisé, consistant à compter avec précision les diamants noirs et blancs. Nos observations confirment sans équivoque l'exactitude de cette anecdote : le Trophée Korloff est bien serti de 1 022 pierres précieuses. « Un cadeau particulier des joailliers au Champion du monde », plaisanta le président de la FIDE, Kirsan Ilyoumjinov, avançant ainsi l'une des explications possibles de cette énigme.
À l'origine, tous les diamants devaient être blancs. Il fut cependant décidé, au cours de la conception, d'introduire des diamants noirs afin d'accentuer les contrastes de ce trophée. Leur emploi fait directement écho à l'histoire du célèbre diamant noir de Korloff, tout en affirmant l'identité même de la Maison. La confrontation des diamants noirs et blancs revêt par ailleurs une riche portée symbolique, évoquant les dualités qui caractérisent aussi bien le jeu d'échecs que la condition humaine : victoire et défaite, joie et déception, amour et haine, prospérité et déclin, autant d'expériences auxquelles chacun des deux adversaires fut confronté.
Chacune des lettres et chacun des éléments composant le trophée portent les poinçons français réglementaires : le poinçon « 750 » attestant de l'or 18 carats, la tête d'aigle, garantie officielle de ce titre, ainsi que le poinçon losangique du maître-orfèvre de la Maison Korloff.
À l'image du Trophée Korloff lui-même, la portée historique du Championnat du monde d'échecs de 1990 est bien plus profonde qu'il n'y paraît au premier abord. Durant la seconde moitié du match, disputée à Lyon, le trophée fut exposé entre Anatoly Karpov et Garry Kasparov, juste derrière l'échiquier. Dans ce match ne s'opposaient pas seulement deux conceptions du jeu, mais également deux personnalités irréconciliables, deux visions du monde et deux convictions politiques diamétralement opposées.
Membre du Parti communiste de l'Union soviétique, Karpov incarnait la continuité, le contrôle, la précision positionnelle et l'autorité de la grande école soviétique des échecs. Kasparov, déjà l'une des voix les plus influentes du mouvement démocratique russe, représentait au contraire le dynamisme, la confrontation, la préparation méthodique et la rupture avec l'ordre établi.
Cette opposition se retrouve dans le langage esthétique du trophée lui-même, dont les deux « K » symétriques, tournés dos à dos tout en demeurant indissociablement liés, traduisent avec subtilité cette tension permanente.
Le caractère éminemment politique de ce championnat n'échappa pas aux observateurs internationaux. Dès le début de la compétition, plusieurs questions symboliques vinrent s'ajouter à l'enjeu sportif, notamment celle des drapeaux sous lesquels les deux joueurs souhaitaient évoluer. Kasparov refusa de jouer sous le drapeau soviétique, qu'il considérait comme le symbole d'un régime oppressif et tyrannique. Il choisit de s'identifier au drapeau tricolore blanc, bleu et rouge de la Russie, qui, en 1990, n'était pas encore officiellement celui de la Fédération de Russie mais constituait déjà un puissant symbole d'opposition puisant ses racines dans l'histoire russe.
Le Championnat du monde de 1990 constitua la cinquième et dernière confrontation mondiale entre Karpov et Kasparov, refermant l'un des plus grands chapitres de l'histoire des échecs. Le match se disputa dans deux villes : les douze premières parties eurent lieu à New York, les douze suivantes à Lyon. À l'issue de la première moitié de la rencontre, les deux joueurs étaient t à égalité parfaite, six points partout.
Ce n'est qu'à Lyon que Kasparov prit progressivement l'avantage, malgré une profonde fatigue psychologique et une vive déception quant à son niveau de jeu lors de la première partie du match. Jusqu'aux derniers instants, l'issue demeura néanmoins incertaine : Karpov remporta la vingt-troisième partie, réduisant l'écart avant la confrontation finale. Kasparov ne conserva finalement son titre qu'en obtenant la nulle lors de la vingt-quatrième et dernière partie, s'imposant sur le score extrêmement serré de 12½ à 11½.
Il serait toutefois réducteur de considérer cet ultime affrontement entre Karpov et Kasparov sous le seul prisme de l'opposition entre l'Est et l'Ouest. Tous deux avaient été formés dès leur plus jeune âge au sein de l'école d'échecs fondée par Mikhaïl Botvinnik (1911-1995), sixième Champion du monde et l'un des principaux architectes de la tradition échiquéenne soviétique. Véritable maître à penser de plusieurs générations de grands champions, Botvinnik conserva le titre mondial durant trois règnes distincts, totalisant près de quinze années au sommet de la discipline. Il est, aujourd'hui encore,considéré comme le père de l'école soviétique des échecs.
Karpov et Kasparov étaient donc issus d'une même école, d'un même système et d'un même État. C'est précisément ce qui confère à leur rivalité toute sa force : ils ne représentaient pas deux mondes différents, mais deux évolutions opposées d'un même monde, se faisant face sur les cases noires et blanches de l'échiquier. À Lyon, sous le regard du Trophée Korloff, leur affrontement devint le symbole d'une époque en pleine mutation.
L'histoire fascinante de cette œuvre d'art hors du commun ne saurait être pleinement comprise sans évoquer celle de la Maison Korloff, dont le destin est intimement lié à celui d'un diamant noir devenu légendaire.
À l'origine de la Maison Korloff se trouve une unique pierre : le Korloff Noir. Découvert en Sibérie en 1917, ce diamant est considéré comme le plus grand diamant noir connu de son époque. Pesant 421 carats à l'état brut, il constituait une véritable merveille de la nature. Les diamants de cette taille sont d'une extrême rareté et, depuis cette découverte, seules quelques pierres comparables ont été recensées dans le monde. À ce jour, six diamants noirs seulement de telles dimensions sont connus, chacun provenant d'une région différente, faisant du Korloff Noir l'un des trésors minéralogiques les plus exceptionnels au monde.
Selon la légende, cette pierre était réputée porter bonheur et prospérité à tous ceux qui la touchaient. Durant près de dix-huit mois, le diamant brut fut patiemment taillé et poli jusqu'à devenir une pierre spectaculaire de 88 carats, présentant 57 facettes. Il reçut alors le nom de ses propriétaires, la famille aristocratique russe Korloff-Sapojnikoff. Installée à Saint-Pétersbourg sous le régime tsariste, cette famille fut contrainte de fuir la Russie à la suite de la Révolution de 1917, abandonnant derrière elle ce joyau étincelant.
En 1978, un négociant en diamants présenta cette pierre à Daniel Paillasseur. Celui-ci comprit immédiatement qu'il devait en devenir le propriétaire. Cette même année, il fonda la Maison Korloff, marquant ainsi la naissance de la prestigieuse maison de joaillerie qui porte aujourd'hui son nom.
Après près de dix années d'efforts, Daniel Paillasseur parvint finalement à acquérir le Korloff Noir en 1988. La valeur d'assurance actuelle de cette pierre est estimée à 37 millions de dollars. Cette même année, la Maison Korloff reçut le Grand Prix de Bijorhca d'Or, récompensant son audace créative. Dans la continuité de cette reconnaissance, elle développa deux tailles de diamant exclusives, connues sous les appellations K73 et K88.
Depuis sa création, la Maison Korloff s'est imposée comme l'une des pionnières dans l'utilisation du diamant noir en haute joaillerie. Elle est également réputée pour ses créations aux couleurs audacieuses ainsi que pour ses montres de caractère, incarnant avec éclat l'excellence du savoir-faire joaillier français.
Le trophée est accompagné d'un certificat d'authenticité établi par Daniel Paillasseur. Rédigé en français et accompagné d'une traduction certifiée en russe, ce document décrit le concept artistique ayant présidé à la création du trophée et confirme explicitement que sa réalisation a nécessité 666 diamants blancs et 352 diamants noirs (sic ; les nombres exacts sont en réalité 669 et 353), un kilogramme d'or ainsi que plus de 1 000 heures de travail.
Le lot comprend également un contrat de vente daté du 14 juin 1991, par lequel Garry Kasparov cède le trophée à International Corporation SAN, représentée par Kirsan Ilyoumjinov, futur président de la FIDE de 1995 à 2018.
Par cette vente organisée dans le cadre d'une opération caritative, Kasparov souhaitait recueillir des fonds au profit des réfugiés arméniens de Bakou ainsi que des victimes des événements connus sous le nom de « Janvier noir », au cours desquels de nombreux civils furent tués ou contraints de fuir leur foyer à la suite des violences nationalistes survenues plus tôt cette année-là. L'acquéreur de la « couronne de Kasparov », Kirsan Ilyoumjinov, versa 10 millions de roubles au fonds de soutien.
Cette provenance exceptionnelle confère au trophée une dimension historique supplémentaire. Au-delà de son importance dans l'histoire des échecs, il constitue également un témoignage remarquable des initiatives humanitaires menées durant les derniers mois de l'Union soviétique, à l'aube de sa disparition.
Remarque importante : Les enchérisseurs souhaitant participer aux enchères de ce lot devront se soumettre à une procédure renforcée de vérification d'identité (Enhanced Due Diligence). Les personnes intéressées sont invitées à prendre contact avec Heritage Auctions Europe avant la vente, par courriel à info@ha-europe.com ou par téléphone au +31 (0)30 606 39 44.